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Histoire, patrimoine et tradition à Feissons s/ Isère

Métiers d'antan : Le moulin et la scie

Métiers d'antan : Le moulin et la scie
Métiers d'antan : Le moulin et la scie
Métiers d'antan : Le moulin et la scie
Métiers d'antan : Le moulin et la scie
Métiers d'antan : Le moulin et la scie

Les derniers moulin et scierie qui ont fonctionné à Feissons se situaient dans le quartier des Granges, en bordure du ruisseau dit du Moulin. Sur la mappe Sarde de 1738, on trouve l’existence d’un moulin qui appartenait, à l’époque, au Noble JOSEPH Gaëtan Marquis de St Thomas propriétaire du château de Feissons.

Vers 1798, ce moulin probablement vendu après la révolution, devient la propriété d’un nommé Etienne PERROTOZ, son œ ls Vincent est déclaré meunier en 1846. Maria Adélaïde œ lle de Vincent épouse Julien BERNARD qui succède à son beau-père comme meunier.

En 1935, l’ensemble des bâtiments est vendu aux enchères publiques à Victorin DUNAND-MARTIN. Il exploite le moulin et la scierie jusqu’à sa mort en 1950, victime d’un accident de forêt. Il laisse deux fils Paul et Marcel trop jeunes pour prendre la succession. Courageusement, son frère Raymond DUNAND-MARTIN reprend les deux activités jusqu’en 1956.

« Toute mon enfance a été bercée par le ronronnement des meules écrasant le grain et le chant rythmé de la scie battante. Mon père à la fois meunier et scieur, très occupé par ces deux activités, ne chômait pas. Dans chaque famille, on cuisait son pain et préparait les taillèrins sans oublier les crozets ou les bugnes. Il fallait donc renouveler la réserve de farine, base essentielle de l’alimentation. Le moulin tournait souvent jour et nuit pendant l’automne et la mauvaise saison.

La nuit permettait également de moudre en fraude : les gens du village et des alentours ne déclaraient qu’un minimum de leur récolte de céréales pour ne pas payer trop de taxes, ils n’avaient donc pas souvent de bon de circulation. Mon père un peu complice travaillait la nuit pour échapper au contrôleur de la régie des céréales.

Je me souviens qu’il dormait sur un matelas à côté de son moulin, prêt à intervenir si par malheur un caillou oublié dans le grain arrivait entre les meules. Au moindre bruit anormal, il fallait aussitôt écarter les meules sinon c’était la casse des dents de la roue dentée. Ces dents en bois très dur étaient montées sur une couronne en fonte.

Le dégât se limitait souvent au remplacement de deux ou trois dents. La qualité du grain retenait toute sa vigilence. Une maladie du blé que mon père appelait le niéllé donnait un grain noir caché par son enveloppe. Il fallait un oeil expert pour le détecter. Chaque sac était contrôlé car les propriétaires n’appréciaient pas que le meunier leur livre une farine grisâtre et de mauvaise qualité.

Pendant l’occupation, mon père alimentait en farine la Résistance de la vallée. La police de Vichy venue l’interroger sans succès, l’avait menacé de l’arrêter et de l’interner à la citadelle de Sisteron. J’ai retrouvé cette activité clandestine dans le registre de circulation des céréales, les dates du 25 et 27 août 1944 permettent de penser qu’il avait pris la précaution de ne rien inscrire avant la libération de la vallée.

Quelque fois pendant la journée on entendait plus le ronron du moulin. Dans la minute qui suivait, c’était la voix de mon père ou plutôt une bordée de jurons qui venait rompre le silence. Je savais ce que cela voulait dire : Des petits malins détournaient l’eau du captage et le moulin s’arrêtait tout simplement. Pour redémarrer, il fallait écarter les meules mais avant, mon frère et moi nous devions monter jusqu’au réservoir pour rétablir le circuit de l’eau.

Tous les ans mon père profi tait de la période creuse pour rhabiller les meules. Cétait une opération importante et délicate qui consistait à soulever et à retourner la meule tournante à l’aide d’une potence en bois. Il passait ensuite plusieurs jours à retailler les sillons dans la pierre en utilisant des marteaux et des burins spéciaux qu’il forgeait et affutait souvent pour leur redonner un tranchant efficace. »


Marcel DUNAND-MARTIN

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